Anges Gardiens

Quand je rêve, seul, dans mon atelier, il n’est pas rare que je prenne un petit bout de terre et que je le modèle. Je crée alors une forme, toujours avec la main gauche, celle du cœur. Celles-ci deviennent autant d'anges gardiens (de poche!) que j'offre parfois aux gens que je rencontre, ici, là-bas, et surtout ailleurs... A ce jour, ce sont près de 350 anges gardiens qui se promènent ainsi quelque part sur la planète et dont les nouveaux propriétaires m'envoient parfois des cartes postales. En voici quelques unes...

 

2016 - 2018

2010 - 2015

 

 

Quelques mots sur l’ange gardien. Tout d'abord, cette petite sculpture unit à elle seule les quatre éléments primordiaux que sont la terre, l'eau, l'air et le feu : elle est faite d'argile qu'a attendri l'eau, c'est l'air qui la durcit et sécher et c'est enfin le feu qui a permis de la cuire. Ses craquelures d’email nous renvoient à nos propres cicatrices. Sa couleur blanche, elle, évoque la pureté en Occident, cette pureté qui est en nous et que nous nous devons de cultiver. En Orient et en Afrique, le blanc peut être signe de deuil, et les deuils ne manquent pas dans nos vies (amour, parents, travail,…). Sa forme sinueuse nous rappelle que, comme le proclament magnifiquement les dogons du Mali, « la vie d’un homme peut être tortueuse … pourvu qu’elle tienne droit ». Et les anges gardiens tiennent droit ! Sa forme est aussi celle qui s’adapta à ma paume, celle qui épousera la main de son futur propriétaire. C’est donc ainsi tout à la fois notre « complément », notre altérité, notre double, et notre image dans le miroir. Par ailleurs, telle une brique réfractaire, la terre dont est constituée l’ange gardien a la douce propriété de restituer, lentement et très doucement, toute la chaleur que nous lui avons donné… Enfin, chaque ange gardien porte le signe de son créateur, un signe dogon en fait, figurant un homme, un homme libre. Cet homme a la merveilleuse particularité d’avoir les deux pieds bien ancrés dans le sol, les deux bras tendus vers le ciel, et le reste du corps reliant dans une parfaite harmonie cet ancrage terrestre et cette prière céleste.

 

Quand j’offre un ange gardien à quelqu’un, je lui propose le plus souvent de choisir le sien parmi plusieurs. Ce choix se fait les yeux fermés car, comme le dit si bien l’auteur du Petit Prince, « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Ainsi la personne se libère des apparences, souvent trompeuses. Une fois que la personne a porté son choix vers l’un des anges gardiens, je lui propose de lui donner un nom qu’elle pourra, si elle le souhaite, garder intime et secret. Tout comme le don d’un nom accompagne la naissance d’un enfant, nommer son ange gardien m’apparaît le symbole idéal pour initier et créer un lien avec lui. Une fois le choix fait et le nom trouvé, j’invite alors la personne à ouvrir les yeux et à faire lentement connaissance avec son tout nouveau ange gardien.

 

Et parfois, pour mon plus grand bonheur, les détenteurs de ces anges gardiens me font la joie de m’en donner des nouvelles … et même de m’envoyer des photos de leurs plus poétiques pérégrinations à travers le monde des humains.